Les personnages et les situations de ce récit sont purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite ou presque, à vous de voir…

Personnages : un petit garçon (Fernand), sa grand-mère.
— Mamie, c’est quoi là ? demande Fernand avec ses grands yeux verts interrogateurs, en me désignant un toit sur la colline.
— Oh mon chéri, c’est une bien longue histoire.
— Laquelle, Mamie, raconte moi,
— C’était il y a bien longtemps… j’étais toute petite comme toi.
Main dans la main, nous marchons sous un beau soleil  d’hiver. Je plonge alors dans mes souvenirs.
— Je me rappelle qu’à ce moment là, ce village était très animé. Il y avait des boutiques de souvenirs, des petits restaurants, une épicerie, un boucher, un boulanger…
— Ah bon, ils étaient où ?
— Un peu partout dans le village… Normal, il y avait beaucoup de monde qui allait et venait surtout l’été. Je me souviens qu’avec ma soeur nous aimions bien venir sur l’aire de jeu à côté du gymnase. De nombreux  enfants venaient y jouer, surtout des vacanciers.
— Où çà ?
— Il se situait à l’entrée du village de ce côté-là tu vois, en bas, il était en bois.
Il y avait un club de basket, de nombreux matchs y étaient donnés. Mais là où il était placé,
l’humidité et les inondations de la rivière ont eu raison de lui. On l’a rasé, il y a bien longtemps. Je crois que je venais d’avoir ton papa. Il devenait dangereux.
— Et là-haut c'est quoi ?
— Là haut, il y avait l’entrée d’une grotte.
— Ouahou, une grotte ? Comme celle de Cro-Magnon ?
— Si tu veux… Mais celle-là, personne n’y a jamais habité. Il y a très longtemps y coulait une
ri­vière souterraine. Elle avait creusée des grandes salles avec des stalactites et des stalagmites… Tu sais, comme on a vu au Gouffre de Proumeyssac quand on y est allé.
— Oui, c’est beau. On peut y aller, dit, pour voir ?
— Non mon chéri, malheureusement, on ne peut plus y entrer. Je me souviens qu’on y est
allé à l’inauguration avec mes parents. Il y avait beaucoup de monde, du beau monde comme on dit. On avait pris l’ascenseur pour descendre dans la grotte, c’était très profond ! Un guide nous racontait les histoires de la grotte et nous disait que c’était une grande richesse dans le pays, cela faisait rêver tout le monde car nous avions attendu tellement avant qu’elle n’ouvre.
— Et pourquoi on ne peut plus aller la voir ?
— C’est bouché par de gros rochers.
— Et pourquoi ?
— Les premières années, il y a eu un peu de fréquentation. Mais malheureusement la grande crise financière est passée par là. Les gens avaient de moins en moins  d’argent pour partir en vacances. Et quand ils venaient dans la région, ils préféraient voir Lascaux ou Proumeyssac. Les visi­tes se sont faites de plus en plus rares. Fautes d’entrées, le personnel qui avait été embauché pour entretenir et gérer la grotte a été petit à petit licencié.
— Les pauvres !
— Les subventions diminuaient au fils du temps, à cause de la crise mais aussi du projet qui ne semblait pas fiable à long terme. Tout ça coûtait très cher, la grotte était de moins en moins entretenue, la sécurité tant redoutée laissait à désirer, si bien que la grotte n’était plus assez sécurisée et une partie de la voûte s’est effondrée.
— C’est pas rigolo !
— Non ! Et petit à petit les commerces ont fermé, depuis il ne reste qu’une boulangerie.
— J’aime le pain du boulanger !
— Beaucoup de gens à qui on avait promis du travail grâce à l’ouverture de la grotte étaient venus. Mais l’endettement et les impôts de la commune étaient tellement importants à cause de ce lourd investissement qu’ils ont dû partir. Alors, l’école a fermé. Je devais amener ton papa à l’école de la ville d’à côté. Les maisons se sont aussi peu à peu fermées et vendues.
— Et toi mamie tu es restée ?
— Moi mon chéri, j’avais la chance de travailler chez moi grâce à Internet, je pouvais compter sur ce travail pour vivre ici, mais sans école, sans commerces à proxi­mité et l’essence étant de plus en plus chère, j’ai du partir aussi.
— J’aime bien, moi, venir ici.
— Moi aussi, çà me fait toujours plaisir de revenir ici, j’ai tant de souvenirs.

Alors que je regarde, du  haut de la colline, le village à mes pieds et que Fernand court avec plaisir sur
le chemin qui nous ramène à la ferme qui nous a accueillie, je me dis que l’espoir qui nous habitait, ne s’était jamais vraiment réalisé. Les hommes échafaudent souvent  des projets qui les dépassent sans connaître les vraies conséquences, faisant passer souvent le rêve avant la réalité et laissant derrière eux déception et désolation.